Entreprendre au féminin en milieu rural : « La difficulté première, c’est se faire connaître »

Les soucis liés à la mobilité, les coupures de réseaux de télécommunication, le manque d’information et d’aides pour monter son entreprise, la solitude, les préjugés… Ce sont les difficultés que rencontrent les entrepreneures en milieu rural. Qu’elles soient installées dans de petites villes, dans un bourg ou un village, ces cheffes d’entreprise ont besoin de démarcher et prospecter encore plus que celles des grandes villes afin de vivre de leur métier. Toutefois, la campagne ne les empêche pas de s’entraider et de rebondir pour affronter leurs problèmes quotidiens.

Crédit photo : Pixabay

Si le contenu ne s’affiche pas, cliquez ici.


Au sein du réseau professionnel Femmes des Territoires, les entrepreneures « se sentent dans une bulle de confiance »

Face aux difficultés que rencontrent les cheffes d’entreprise dans leur projet, le réseau Femmes des Territoires leur vient en aide. Qui est-il ? Que propose-t-il ? Quels sont ses objectifs ?

Juste une mise en lien. C’est ce que propose l’association française d’entrepreneuriat féminin, Femmes des Territoires. Pour Céline André, déléguée générale, ce réseau vise à mailler tout le territoire car le besoin de s’entraider pour entreprendre est présent partout.

Céline André est déléguée générale de Femmes des Territoires.

Comment l’association Femmes des Territoires a été créée ?

« Femmes des Territoires a été fondée par une autre association, Femmes de Bretagne, qui existe dans cette région depuis cinq ans et demi, et par la Fondation Entreprendre. Nous avons lancé Femmes des Territoires le 19 novembre 2019. C’est très récent. C’est la duplication de Femmes de Bretagne à toutes les régions de France. »

Qu’est-ce que c’est concrètement ?

« Femmes des Territoires est un réseau d’entraide entre entrepreneures, porteuses de projet, mais aussi toutes les femmes puisque c’est basé sur le partage de compétences. Donc sont également bienvenues les femmes salariées, en reconversion professionnelle, en congé parental, etc. Nous avons principalement des porteuses de projets et des femmes en démarrage d’activité sur notre plate-forme. Un moment où elles ont besoin de beaucoup de soutien et d’acquérir des compétences pour devenir entrepreneuse. Notre objectif est d’aider ces femmes à partager leurs compétences pour qu’elles puissent franchir les obstacles qu’elles rencontrent. »

Comment mettez-vous ces femmes en relation ?

« Le réseau est animé localement par des bénévoles qu’on appelle des coordinatrices. Elles animent des rencontres dans leur ville dans un rayon de 30 km. Ces rencontres permettent de briser l’isolement des entrepreneures. En France, entre 30 et 40% d’entrepreneurs sont des femmes. Même si ce pourcentage a tendance à augmenter, elles sont plus souvent dans de petites entreprises et des micro-entreprises. Elles travaillent seules ou ont peu de salariés. Il n’y a que 14% des femmes qui ont des entreprises de plus de 10 salariés. Le but de Femmes des Territoires c’est aussi de bouger les lignes grâce à nos actions, au fait de se fédérer et de s’entraider. Il faut qu’il y ait plus de femmes qui entreprennent et avec des entreprises plus conséquentes. Quand une femme est seule dans une entreprise, elle doit maîtriser tout ce qui fait la vie d’un entrepreneur, les tâches de comptable, administratives, juridiques, de la protection, du commercial, etc. Elle peut se sentir très isolée et ressentir le besoin d’aller échanger avec d’autres femmes entrepreneures qui sont dans la même situation qu’elles ou qui sont à un autre stade dans leur projet.

Les femmes se sentent moins à l’aise dans des réseaux mixtes. Ce n’est pas évident de pousser la porte d’un réseau et d’aller présenter son entreprise à d’autres entrepreneurs. C’est une question de légitimité et de confiance en soi. Au sein de Femmes des Territoires, exclusivement féminin, notre porte d’entrée est digitale. Elles peuvent s’inscrire sur notre plate-forme collaborative, échanger, donner des coups de pouce. Elles se sentent dans une bulle de confiance et peuvent s’exprimer librement entre elles. Cela permet de créer des synergies, de constituer un réseau localement et puis aussi de se booster. Il existe des ateliers pour acquérir des compétences. Ils sont organisés bénévolement soit par des membres du réseau dans leur domaine d’activité, soit par des intervenants extérieurs comme des experts comptables ou des juristes.

Pendant le confinement, nous avons organisé plus de 70 ateliers en ligne auxquels plus de 1000 femmes ont assisté. Plus de 50 intervenantes ont animé ces ateliers sur des sujets divers et variés, principalement sur le numérique. Sur notre plate-forme, nous avons des communautés thématiques par grands secteurs d’activités. Ça peut être le coaching, le bien-être, le développement durable, etc. Elles vont pouvoir échanger sur des sujets précis qui sont soit leur domaine d’activité, soit des domaines qui les intéressent et dans lesquels elles veulent s’améliorer. »

L’implantation de l’entreprise, notamment à la campagne, représente aussi un frein au développement de l’entreprise…

« Oui. Quand l’entrepreneure est basée sur une grosse agglomération, l’offre est multiple pour étoffer son réseau, être accompagnée dans sa création d’entreprise, etc. Quand elle est installée en milieu rural, il n’y a pas grand-chose. Notre but est de répondre à ce manque dans ces territoires et de mettre en lien les femmes dans toutes les régions afin qu’elles s’entraident pour entreprendre. En milieu rural, ce ne sont pas les mêmes attentes et les mêmes problématiques qu’en ville. Nos bénévoles animent différemment selon les territoires. Et nous nous apercevons que ça fonctionne. »

Dans quels domaines travaillent ces femmes ?

« Notre réseau est à l’image de l’entrepreunariat féminin en général. Lui-même est à l’image des secteurs d’activité des femmes en France : la santé, le social, l’éducation, le bien-être. »

Combien de membres compte l’association Femmes des Territoires ?

« En six mois, nous avons déjà 2 500 membres. Malheureusement, le Covid-19 nous a un peu bloqué dans notre élan. Mais nous pouvons compter sur 30 coordinatrices bénévoles pour animer le réseau dans 20 villes à travers la France. Hormis la Bretagne qui a un fonctionnement autonome. D’ailleurs, les gens ont un profond attachement à cette région. On s’est demandé si cela allait fonctionner ailleurs. Le réseau Femmes de Bretagne, en cinq ans, est présent dans 40 villes, avec un maillage territorial. C’est ça aussi la force de notre réseau. Nous sommes à la fois présent dans les villes mais aussi en milieu rural. »

Avez-vous des retours sur la période du confinement quant à leurs activités ?

« Nous allons nous lancer dans une enquête dans quelques semaines pour savoir comment cette période s’est passée. Ça dépend du secteur d’activité. Soit c’est un arrêt brutal, avec toute la charge mentale parce qu’on a les enfants à la maison. Le plus souvent, ce sont les femmes qui s’en sont occupés parce qu’il y a une différence de salaire entre les hommes et les femmes. C’est une réalité. Et c’est difficile de développer son activité quand les enfants sont à la maison. Il faut s’en occuper, faire l’école, partager l’ordinateur et le bruit, etc. Dans notre réseau, beaucoup d’entrepreneures travaillent chez elles. Cet isolement est lourd. Cela peut peser sur le moral au bout d’un moment. Avoir une vie sociale est important. Dans d’autres situations, des cheffes d’entreprise se sont retrouvées avec un surcroît d’activité mais je ne crois pas que ce soit la majorité. Puis, cette période n’est pas finie. La majorité des enfants ne sont pas retournés à l’école. Il va y avoir les vacances d’été. Ce sera pour certaines femmes un arrêt d’activité de quasiment six mois. Et là, elles seront dans une situation de grande difficulté. »

Combien de femmes espérez-vous réunir au sein de votre association dans quelques années ?

« Dans cinq à sept ans, notre objectif est d’être présent sur tout le territoire, en métropole comme dans les départements d’outre-mer. Nous imaginons être présentes dans 400 villes et réunir 50 000 femmes. Si nous transposons le modèle Femmes de Bretagne à l’échelle nationale, c’est ce à quoi nous allons arriver. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s